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| Dhondup Wangchen arrêté |
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Dhondup Wangchen, auteur du film documentaire Leaving fear behind, a été arrêté et torturé. Son procès est imminent.Amnesty international lance un appel urgent qui est relayé aussi par les Amis du Tibet, Luxembourg.Nous vous serions donc reconnaissants d'écrire avant le 28 août au Premier ministre chinois, au ministre de la justice et au directeur du bureau de la justice de la "région autonome du Tibet". |
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Message
de Sa Sainteté le Dalaï-Lama à l'occasion du 50e anniversaire du soulèvement national tibétain |
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CE JOUR marque le 50e anniversaire du soulèvement pacifique du peuple tibétain contre la répression communiste chinoise au Tibet. Depuis mars dernier, d'importants mouvements de contestation pacifique se sont manifestés dans tout le Tibet. La majorité des participants étaient des jeunes gens nés et élevés après 1959, qui ne connaissaient rien d'un Tibet libre. Toutefois, nous pouvons être fiers que leur action repose sur la ferme conviction, qui perdure d'une génération à l'autre, de servir la cause du Tibet. Cette action sera une source d'inspiration pour ceux qui, dans la communauté internationale, portent un intérêt tout particulier à la question du Tibet. Nous rendons hommage et nous offrons nos prières à tous ceux qui sont morts, ont été torturés et ont enduré des souffrances terribles pendant la crise de l'année passée au nom de la cause tibétaine et depuis que notre lutte a commencé.Vers l'année 1949, les forces communistes commencèrent à pénétrer dans les régions Nord-est et Est du Tibet (le Kham et l'Amdo) et, en 1950, plus de 5000 soldats tibétains ont été massacrés. Au vu de la situation qui régnait alors, le gouvernement chinois choisit une politique de libération pacifique, qui, en 1951, conduisit à la signature de l'Accord en 17 Points et de son annexe. Depuis lors, le Tibet se trouve placé sous le contrôle de la République populaire de Chine. Cependant, cet accord indiquait précisément que la religion, la culture et les valeurs traditionnelles du Tibet seraient préservées.Entre 1954 et 1955, j'ai rencontré à Pékin la plupart des hauts dignitaires politiques et militaires du Parti communiste chinois, avec à leur tête le président Mao Tsétoung. Au cours des discussions concernant les moyens de stimuler le développement social et économique au Tibet, tout en y préservant le patrimoine religieux et culturel, Mao Tsétoung et tous les autres chefs acceptèrent la création d'un comité préparatoire pour la mise en place de la région autonome, comme le stipulait l'Accord, plutôt que l'établissement d'une commission administrative militaire. Mais à partir de 1956, la situation se détériora avec l'imposition au Tibet de politiques ultra-gauchistes avec pour résultat l'abandon des promesses faites et des décisions prises précédemment par les hautes autorités. La mise en place imposée de force de la prétendue “réforme démocratique” dans les régions du Kham et de l'Amdo au Tibet, qui était en totale décalage avec les conditions existantes, n'amena que chaos et destruction. Au Tibet central, les autorités chinoises violèrent les termes de l'Accord en 17 Points de façon délibérée et avec brutalité. Leurs tactiques agressives et violentes ne firent que s'aggraver de jour en jour. Ces tristes événements ne laissèrent au peuple tibétain qu'une seule alternative, celle d'un soulèvement pacifique le 10 mars 1959. Les autorités chinoises répondirent avec une violence sans précédent qui causa la mort, l'arrestation et l'emprisonnement de dizaines de milliers de Tibétains dans les mois qui suivirent. A la suite de quoi, accompagné par un petit groupe de hauts fonctionnaires du gouvernement tibétain, y compris quelques Kalons (ministres), je choisis l'exil vers l'Inde. A ma suite, presque cent mille Tibétains prirent le chemin de l'exil vers l'Inde, le Népal et le Bhoutan .. Durant leur fuite et au cours des mois qui suivirent, ils eurent à affronter des difficultés inimaginables, qui n'ont jamais été oubliées.Une fois le Tibet occupé, le gouvernement communiste chinois s'engagea dans une série de campagnes violentes et répressives visant à instaurer la réforme démocratique, la lutte des classes, la création de communes populaires, la Révolution culturelle, la loi martiale, et plus récemment la rééducation patriotique et les campagnes “frapper fort”. Ces campagnes amenèrent un tel niveau de souffrance pour les Tibétains que leur vie devint littéralement un enfer. Le résultat immédiat de ces campagnes fut la mort de centaines de milliers de Tibétains. La lignée du Bouddha Dharma fut brisée. Des milliers de centres religieux et culturels, comme les monastères et les temples, furent complètement détruits. Des monuments et des bâtiments historiques furent démolis. Les ressources naturelles furent exploitées à tort et à travers.Aujourd'hui, le fragile environnement du Tibet est pollué ; la déforestation massive a détruit les forêts et la vie animale, le yack sauvage et l'antilope tibétaine notamment, sont menacés d'extinction.Les 50 dernières années ont amené d'incroyables souffrances et la destruction à la terre et au peuple tibétains. Même aujourd'hui, les Tibétains au Tibet vivent dans un constant état de peur, faisant sans cesse l'objet de soupçon de la part des autorités chinoises.Aujourd'hui, la religion, la culture, la langue et l'identité, toutes choses que les générations successives de Tibétains ont toujours considéré comme des biens plus précieux que leur propre vie, sont aussi menacés de disparaître. En bref, les Tibétains sont considérés comme des criminels qui méritent la mort. La tragédie du peuple tibétain a été rapportée au gouvernement chinois en 1962 dans la pétition (de 70000 caractères) du regretté Panchen Rinpotché. Ceci fut réitéré par lui dans un discours prononcé à Shigatsé en 1989, peu de temps avant sa mort ; il y disait notamment que ce que nous avons perdu sous l'autorité du régime communiste dépasse de loin ce que nous y avons gagné. De nombreux Tibétains, objectifs et concernés, se sont eux aussi exprimé sur les souffrances du peuple tibétain. Même Hu Yaobang, Secrétaire du Parti communiste, à son arrivée à Lhassa en 1980, a clairement admis ces erreurs et a présenté des excuses aux Tibétains. De nombreuses infrastructures telles que routes, aéroports, voies ferrées, etc..., qui semblent avoir apporté du progrès dans les diverses régions du Tibet, furent entreprises en réalité dans le dessein politique de siniser le Tibet. Le coût disproportionné en est la destruction de l'environnement et du mode de vie tibétain.Quant aux réfugiés tibétains, bien qu'au début nous ayons eu à faire face à de nombreux problèmes, comme de grandes différences climatiques, des langues inconnues de nous et la difficulté de gagner notre vie, nous sommes parvenus à nous installer en exil. Grâce à la générosité des pays qui nous ont accueillis, de l'Inde en particulier, les Tibétains ont pu recommencer à vivre libres et sans peur. Nous avons pu subsister et préserver notre religion et notre culture. Nous avons pu offrir à nos enfants une éducation à la fois moderne et traditionnelle et nous avons entrepris des efforts pour trouver des solutions à la question du Tibet.Il y a eu encore d'autres effets positifs : une compréhension plus profonde du bouddhisme tibétain, avec son insistance sur la compassion, qui constitue une contribution positive de par le monde.Immédiatement après notre arrivée en exil, je me suis mis à travailler pour promouvoir la démocratie au sein de la communauté tibétaine en établissant un Parlement tibétain en exil en 1960. Depuis lors, nous avons graduellement progressé dans la voie de la démocratie et aujourd'hui notre administration en exil est devenue une démocratie à part entière avec sa charte écrite et un corps législatif. Ceci est effectivement quelque chose dont nous pouvons tous être fiers.Depuis 2001, nous avons institué un système par lequel le gouvernement politique des exilés tibétains est directement élu par un ensemble de procédures semblable à celles que l’on trouve dans les autres systèmes démocratiques. Actuellement, le Kalon Tripa (Premier ministre élu au suffrage direct) entame son second mandat. En conséquence, mes propres responsabilités administratives quotidiennes s'en trouvent réduites et aujourd'hui, je suis dans une condition de semi-retraite. Toutefois, travailler pour la juste cause du Tibet relève de la responsabilité de tout Tibétain et tant que je vivrai je servirai cette cause.En tant qu'être humain, mon engagement majeur est de servir les valeurs humaines; c'est ce que je considère comme la condition essentielle à une vie heureuse au niveau individuel, familial et communautaire. Dans le cadre de ma pratique religieuse, mon deuxième engagement est la promotion de l'harmonie inter-religieuse. Mon troisième engagement est bien sûr la question du Tibet. Cela se justifie en premier lieu parce que je suis tibétain et que l'on m'appelle Dalaï-Lama; d'une façon plus importante, cela s'explique par la confiance que les Tibétains, à l'intérieur comme à l'extérieur du Tibet, m'accordent. Voilà donc les trois engagements majeurs que je garde toujours présents dans mon esprit.En plus de veiller au bien-être de la communauté tibétaine en exil, et elle va tout à fait bien, la mission principale de l'administration centrale tibétaine a été de travailler à la résolution de la question du Tibet. Après avoir mis au point, en 1974, la politique de la Voie Médiane, mutuellement favorable, nous étions prêts à répondre positivement à la proposition de pourparlers émise par Deng Xiaoping en 1979. De nombreuses conversations se succédèrent et des délégations d'enquêtes furent envoyées. Malheureusement, celles-ci n'apportèrent aucun résultat concret et les contacts formels furent interrompus en 1993.Ensuite, en 1996-97, nous avons effectué un sondage d'opinion auprès des Tibétains en exil et rassemblé des suggestions au Tibet, lorsque cela était possible, concernant une proposition de referendum permettant aux Tibétains de déterminer, à leur gré, la direction future de notre lutte pour la liberté. A la lumière des résultats obtenus et des suggestions venues du Tibet, nous décidâmes de poursuivre la politique de la Voie Médiane.Depuis que les contacts ont été rétablis en 2002, nous en tenant au seul canal officiel et suivant un programme unique, nous avons participé à une série de 8 rencontres avec les autorités chinoises. De surcroît, nous avons présenté un Memorandum sur une Autonomie réelle pour le peuple tibétain, en précisant que les conditions de l'autonomie de région au plan national, telle qu'elle est exprimée dans la Constitution chinoise, seraient réalisées grâce à la mise en place de ses lois sur l'autonomie. L'insistance chinoise à nous faire accepter le Tibet comme faisant partie de la Chine depuis des temps réculés est non seulement fondée sur une erreur, mais elle est également déraisonnable. Nous ne pouvons pas changer le passé, qu'il ait été bon ou mauvais. Déformer l'histoire est inconvenant.Nous devons regarder de l'avant et nous employer au bien-être de tous. Nous, Tibétains, recherchons une autonomie légitime et positive, un accord par lequel les Tibétains pourraient vivre à l'intérieur des structures de la République populaire de Chine. Satisfaire aux aspirations du peuple tibétain permettra à la Chine de trouver stabilité et unité. De notre côté, nous n'exprimons aucune revendication se fondant sur l'histoire. Si l'on se reporte à l'histoire, il n'existe aucun pays au monde aujourd'hui, et cela inclut la Chine, dont le statut territorial soit demeuré de tout temps inchangé et aucun qui puisse demeurer inchangé.Notre souhait que tous les Tibétains soient réunis sous l'autorité d'une administration autonome unique s'accorde avec l'objectif même du principe de l'autonomie de région au plan national. Cela répond aux besoins fondamentaux des deux peuples, tibétain et chinois. La constitution chinoise, ainsi que des lois et règlementations s'y référant, ne s'opposent en rien à cette réalisation et de nombreux leaders du gouvernement central chinois ont admis cette aspiration profonde. Au moment de la signature de l'Accord en 17 Points, le Président Zhou Enlai a reconnu que cela était une demande raisonnable.En 1956, au moment de la constitution du Comité préparatoire pour la Région autonome du Tibet, le Vice-Président Chen Yi, en montrant une carte, déclara que si Lhassa pouvait devenir la capitale de la Région autonome du Tibet, rassemblant les régions tibétaines des autres provinces, cela contribuerait au développement du Tibet et de l'amitié entre les peuples tibétain et chinois. C'était là une opinion partagée par le Panchen Rinpotché et nombre de cadres et érudits Tibétains. Si les leaders chinois avaient eu des objections à nos propositions, ils auraient pu à ce moment-là donner leurs raisons et offrir d'autres alternatives, mais ils ne le firent pas. Je suis déçu que les autorités chinoises n'aient pas répondu de façon appropriée à nos efforts sincères pour la réalisation du principe d'une vraie autonomie régionale nationale pour tous les Tibétains, dans le cadre de la constitution de la République populaire de Chine.En dehors du fait que le processus actuel de dialogue sino-tibétain n'a apporté aucun résultat concret, nous avons assisté à une réaction brutale aux manifestations tibétaines qui ont bouleversé l'ensemble du Tibet depuis le mois de mars de l'année dernière. C’est afin de recueillir l'opinion de tous sur la voie à suivre pour l'avenir, que nous avons tenu une Réunion spéciale des Tibétains en exil en novembre 2008. Nous nous sommes aussi efforcés, dans la mesure du possible, d'obtenir des suggestions de la part des Tibétains au Tibet. Le résultat de cette enquête a montré que dans leur grande majorité les Tibétains sont très favorables à la continuation de la politique de la Voie Médiane. Nous gardons donc le cap de cette politique avec une conviction renouvelée et nous poursuivons nos efforts en vue de la création de l'autonomie régionale reconnue au plan national pour tous les Tibétains.Depuis des temps immémoriaux, les peuples tibétain et chino is sont voisins. A l'avenir aussi, nous devrons vivre ensemble. Il est donc impératif que nous co-existions dans l'amitié.Depuis l'occupation du Tibet, la Chine communiste a sans cesse publié une propagande mensongère sur le Tibet et son peuple. C'est pourquoi, au sein des populations chinoises, bien peu de Chinois ont une compréhension précise du Tibet. Il est, en vérité, bien difficile pour eux de connaître la vérité. De plus, les leaders ultra-gauchistes chinois ont depuis mars de l'année dernière entrepris une immense campagne de propagande dans l'intention de diviser les deux peuples et de créer de l'animosité entre eux. Il est triste de constater que cet effort a porté ses fruits en créant dans l'esprit de nos frères et soeurs chinois une impression négative des Tibétains. C'est pourquoi, comme je l'ai déjà fait de nombreuses fois, je voudrais à nouveau recommander à nos frères et soeurs chinois de ne pas se laisser influencer par une telle propagande, mais au contraire de tenter de découvrir de façon impartiale les faits concernant le Tibet de façon à empêcher toute division entre nous. Les Tibétains doivent aussi s'efforcer de faire naître un lien d'amitié avec le peuple chinois.Si l'on regarde les cinquante dernières années d'exil, on voit que nous avons traversé des hauts et des bas. Cependant, le fait que la question du Tibet soit toujours dans l'actualité et que la communauté internationale y prenne un intérêt sans cesse croissant est en soi une réussite. Si l'on considère la situation dans cette perspective, je suis certain que la justice prévaudra à la condition de rester sur la voie de la vérité et de la non-violence.Alors que nous commémorons 50 ans d'exil, il nous faut avant tout exprimer notre profonde gratitude aux gouvernements et aux peuples des différents pays qui nous ont accueillis et où nous vivons. Non seulement nous nous conformons aux lois de ces pays d'accueil, mais nous nous conduisons de façon à constituer une valeur positive pour ceux-ci. De même, dans nos efforts pour faire aboutir la cause du Tibet et maintenir sa religion et sa culture, il nous faut définir notre vision future et notre stratégie en nous inspirant de notre expérience passée.Je dis toujours qu'il nous faut espérer le meilleur et nous préparer au pire. Que nous nous placions dans une perspective mondiale ou dans le contexte des événements en Chine, nous avons des raisons d'espérer une résolution rapide de la question du Tibet. Mais nous devons en même temps nous préparer à l'éventualité d'une lutte qui durerait longtemps.Pour cela, nous devons nous concentrer essentiellement sur l'éducation de nos enfants et la formation de professionnels dans des secteurs variés. Nous devons aussi nous concentrer sur l'environnement et la santé et pousser notre compréhension et notre pratique des méthodes de non-violence au sein de toute la population tibétaine.Je voudrais profiter de l'occasion qui m'est donnée ici pour exprimer toute ma gratitude envers les chefs de gouvernement des états, le gouvernement central et le peuple Indien, qui, en dépit des difficultés et obstacles auxquels ils ont à faire face, ont toujours offert soutien et assistance aux Tibétains en exil au cours de ces 50 années. Leur gentillesse et leur générosité est immense. Je voudrais aussi remercier les responsables, les gouvernements et les peuples qui forment la grande communauté internationale, ainsi que les nombreux groupes de soutien auTibet, pour leur soutien indéfectible. Puissent tous les êtres vivants vivre dans la paix et le bonheur.Sa
Sainteté le Dalaï Lama Traduit de l’anglais en français par le Bureau du Tibet, Paris. |
| Les incidents à Lhassa |
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ARTICLES du MONDE du 18 mars 2008 Le dalaï-lama envisage de quitter ses fonctions si la situation dégénère au Tibet LEMONDE.FR avec AFP et Reuters | 18.03.08 | 08h28 • Mis à jour le 18.03.08 | 11h38 Après avoir été accusé par le gouvernement chinois d'être à l'origine des incidents qui ont lieu au Tibet, le dalaï-lama a assuré, mardi 18 mars, qu'il n'avait aucune prise sur la situation sur place et qu'il n'excluait pas de quitter ses fonctions si la situation se dégrade davantage. "Si les choses échappent à tout contrôle, alors la seule solution pour moi sera de démissionner", a-t-il déclaré devant des journalistes à Dharamsala, dans le nord de l'Inde, où il vit en exil depuis 1959. Le leader spirituel des bouddhistes tibétains a également appelé ses compatriotes au calme, condamnant la violence et estimant que Tibétains et Chinois doivent vivre "côte à côte". "Nous ne devrions pas développer des sentiments antichinois. Nous devons bâtir de bonnes relations", a-t-il ajouté. Il a rappelé que l'indépendance du territoire himalayen n'était "pas à l'ordre du jour". A plusieurs reprises, le leader tibétain a prôné une autonomie culturelle de son pays par rapport à Pékin, qualifiée d'autonomie de la "voie moyenne". "ILS VOULAIENT SABOTER LES JO DE PÉKIN" Le premier ministre chinois, Wen Jiabao, avait, mardi matin, accusé le dalaï-lama d'être à l'origine des "incidents horribles de Lhassa", soutenant que Pékin est en possession de "preuves" qu'ils "ont été organisés, prémédités, dirigés et incités par la clique" du leader tibétain. "Cela montre que la revendication de la clique du dalaï-lama de ne 'pas rechercher l'indépendance et de vouloir un dialogue pacifique' est un mensonge", a argumenté le dirigeant chinois à la clôture d'une session du Parlement. "Prétendre que le gouvernement chinois mène un génocide culturel n'est rien d'autre qu'un mensonge sournois", a répondu Wen Jiabao. "Si le dalaï-lama renonce à l'indépendance et reconnnaît que le Tibet est une partie inaliénable de la Chine, comme Taïwan, alors notre porte est grande ouverte pour un dialogue avec lui", a-t-il ajouté. Le chef du gouvernement a par ailleurs reconnu pour la première fois que la contestation tibétaine s'est propagée à des provinces chinoises limitrophes du Tibet – Qinghai, Gansu et Sichuan – où vivent des minorités tibétaines. LES NATIONS OCCIDENTALES N'APPELLENT PAS AU BOYCOTT DES JO Près de cinq mois avant l'ouverture des Jeux olympiques à Pékin, le gouvernement chinois n'a pas hésité à voir dans la crise actuelle au Tibet une tentative de déstabilisation à l'encontre des organisateurs. Pour Wen Jiabao, "l'objectif épouvantable" des manifestants tibétains ne fait pas de doute : "Ils voulaient saboter les Jeux olympiques de Pékin", a-t-il martelé. Les nations occidentales ont appelé Pékin à faire preuve de retenue mais, selon le président du Comité international olympique, Jacques Rogge, nul gouvernement n'a appelé au boycott des Jeux. Selon un bilan officiel des autorités chinoises, les émeutes ont fait treize morts, des "civils innocents" selon Pékin. Les Tibétains en exil évoquent les chiffres de 80 à 100 morts dans ces affrontements. Les autorités régionales avaient donné jusqu'à lundi minuit aux meneurs des manifestations pour se livrer à la police sous peine de s'exposer à des "sanctions sévères". L'ultimatum est passé sans que l'on sache si les opérations se poursuivent à Lhassa car aucun média étranger n'est habilité à entrer au Tibet. "Nous allons étudier la possibilité pour les médias étrangers de se rendre sur place pour constater la situation", a laissé entendre M. Jiabao, sans donner davantage de précisions. Marie Holzmann, sinologue et porte-parole du Collectif Chine JO 2008 "Les Tibétains savent que c'est maintenant ou jamais qu'il faut se faire entendre" LEMONDE.FR | 17.03.08 | 20h05 • Mis à jour le 17.03.08 | 20h13 Marie Holzmann est sinologue et spécialiste de la société chinoise contemporaine. Pour cette porte-parole du Collectif Chine JO 2008, qui regroupe une dizaine d'associations dont Amnesty International, la Ligue des droits de l'homme et Reporters sans frontières, seule une pression internationale forte sur la Chine en provenance d'institutions comme les Nations unies ou l'Organisation mondiale du commerce permettrait de sortir de l'impasse politique au Tibet. Que demandent les manifestants tibétains de Lhassa ? D'après les images un peu confuses diffusées à la télévision et d'après les informations que nous avons en provenance du Tibet, nous sommes face à un mouvement quasi insurrectionnel. Au départ, c'est la commémoration de l'arrivée des troupes chinoises au Tibet en 1959 qui a déclenché la manifestation. Ces commémorations ont lieu tous les ans. En 1988, elles avaient été très violentes et s'étaient terminées par l'imposition de la loi martiale. En 1989, les autorités chinoises y avaient répondu par une répression féroce. Nous avons peu d'informations sur ce qui a provoqué l'escalade cette année. Ma sensation, c'est que les Tibétains se sont dit : si on ne s'exprime pas cette année en 2008, avant les Jeux olympiques, on ne va jamais être entendus. C'est une stratégie à double tranchant. D'un côté, c'est le moment béni pour se faire entendre, parce que la communauté internationale n'a jamais été aussi attentive à ce qui se passe en Chine. Mais d'un autre côté, c'est le moment où le gouvernement chinois est le plus nerveux et hésitera le moins à réprimer violemment pour que cela s'arrête le plus vite possible. Ces manifestations montrent l'ampleur du désespoir des Tibétains, qui savent que c'est maintenant ou jamais. Quelles sont les relations actuelles entre Pékin et le gouvernement tibétain en exil à Dharamsala ? La Chine peut-elle infléchir sa position vis-à-vis du Tibet ? Nous sommes face à un dialogue de sourds. Depuis plus de vingt ans, le dalaï-lama répète qu'il ne demande pas l'indépendance, mais l'autonomie. Et à chaque fois, les autorités chinoises répondent : "Nous ne pouvons pas recevoir le dalaï-lama car il réclame l'indépendance." C'est proprement surréaliste. Les Chinois font semblant de ne pas entendre ce que dit le dalaï-lama. Les relations "diplomatiques" ont repris en 2002, et il y a eu de nouveaux pourparlers, non pas avec le dalaï-lama, qui n'est toujours pas autorisé à rentrer en Chine, mais avec des membres de sa famille et avec des ministres du gouvernement en exil. Mais tant que le gouvernement chinois accusera les Tibétains de vouloir la sécession, les choses ne pourront pas bouger. Qu'est-ce qui pourrait débloquer la situation ? La seule chose qui pourrait débloquer la situation serait une unité politique mondiale et cohérente de l'ensemble des nations démocratiques, ou du Conseil de sécurité de l'ONU, ou encore d'un organisme international comme l'OMC. S'il n'y a pas une pression qui s'exerce fortement au niveau international sur la Chine, la situation peut rester telle quelle pendant encore cinquante ans. C'est le jeu du gouvernement chinois que de faire traîner la situation aussi longtemps que possible, de façon à garder la mainmise totale sur cette région pseudo-autonome. Le boycottage des Jeux olympiques reste-t-il un moyen de pression efficace, bien que le dalaï-lama s'y soit opposé ? Si la demande est formulée clairement, pourquoi pas ? Le boycottage des Jeux olympiques serait un outil très puissant s'il est très bien ciblé. Mais j'imagine mal le CIO ou les sportifs s'organiser pour formuler des demandes politiques. Ce n'est pas tout à fait leur rôle. C'est un problème qui relève des Etats, et c'est à eux d'assumer leur responsabilité. Les manifestations tibétaines commencent à se répandre dans d'autres provinces limitrophes, comme le Gansu, le Sichuan ou le Qinghai. Peut-on s'attendre à un embrasement régional ? La région autonome du Tibet administrative, telle qu'elle est définie par les Chinois, ne correspond pas du tout à la superficie du Tibet historique, telle qu'elle est définie par les Tibétains. On trouve des ethnies tibétaines qui vivent dans toutes ces provinces de Chine – Qinghai, Gansu et Sichuan – donc loin, très loin même, des limites administratives du Tibet. D'un côté, ça ne peut qu'embarrasser terriblement le gouvernement chinois de se trouver en face d'un tel soulèvement quelques mois seulement avant l'ouverture des JO. Mais d'un autre, je ne suis pas sûre que ces protestations aient un effet. Les Tibétains sont tellement minoritaires dans leur région par rapport aux Hans [ethnie majoritaire en Chine], ils sont dans une telle position de faiblesse par rapport à l'armée chinoise, que je vois mal comment ils pourraient échapper à une répression musclée. Propos recueillis par Mathilde Gérard |