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MOINES DANSEURS DU TIBET - MONASTERE DE SHECHEN
4 mars 2003, Strassen (L)

Le 4 mars 2003, les moines danseurs de Shéchèn et Matthieu Ricard furent de passage au Luxembourg (centre Culturel Barblé à Strassen) pour un spectacle de Tcham inoubliable. Invitée par Les Amis du Tibet, la troupe de 15 moines tibétains résidant au Népal a montré son savoir-faire à plus de 400 personnes enthousiastes.

Origine des danses sacrées

Il est dit que sur le sol de l'Inde, le Bouddha Shakhyamouni se manifesta à quelques disciples doués de prédispositions spirituelles exceptionnelles, sous la forme de Kalachakra, Guhyasamaj et autres déités, afin de permettre à ses disciples de progresser rapidement sur la voie. A cette occasion, le Bouddha se manifesta également sous la forme de divinités courroucées, dont l'aspect terrible symbolise l'énergie indomptable de la compassion. Celles-ci dansaient de mille manières majestueuses, symboles des multiples facettes de leur activité pour le bien des êtres. C'est ainsi que fut instaurée la tradition des danses sacrées lors de fêtes spirituelles appelées "ganachakras". Ces danses, qui prenaient place durant des rassemblements initiatiques, étaient spontanées, libres de toute hésitation et de toute inhibition. Le Tantra de la Roue du Temps (Kalachakra) dit : "sans peur, sans arrière-pensée, et sans effort, on laissera jaillir de l'espace de l'esprit des gestes divins et des mouvements de danses inconnus, des chants jamais entendus".  Cette tradition fut maintenue fidèlement par une transmission ininterrompue de maître à disciple. Elle fut également enrichie et ravivée par l'apport constant de visions qui n'ont cessé de donner un souffle nouveau à la pratique des danseurs.

Danses sacrées du Tibet : le Tcham

Chaque année, à la fin du premier mois du calendrier tibétain (février ou mars), au monastère de Shétchèn, deux jours sont consacrés à un festival de danses sacrées auxquelles participent plus de 60 musiciens, tous moines. Le trésor du monastère compte plus de 250 costumes de danses faits de brocarts anciens et modernes, et 120 masques modelés par les artistes de Shétchèn. Ces danses requièrent une concentration particulière et une grande présence d'esprit de la part des danseurs. Ce ne sont pas des danses d'inspiration ou improvisées, au contraire, elles sont extrêmement codifiées par la tradition. Leurs représentations interviennent en conclusion de cérémonies qui durent 10 jours et 10 nuits consécutives. Chaque danse est d'une certaine manière une illustration extérieure des méditations qui ont été pratiquées pendant les cérémonies.

Descriptif de chaque tableau

1- Serkième "La danse des chapeaux noirs"

Les danseurs, portant une large coiffe noire surmontée d'un soleil et d'une lune, arborant un miroir d'argent sur la poitrine, vêtus de brocarts, parés d'écharpes multicolores, portant un tablier noir brodé d'un visage terrible, brandissent une coupe d'argent et font une offrande aux déités pacifiques et terribles afin qu'elles écartent les obstacles sur le chemin de la libération.

2- Dourdak "Les maîtres des cimetières"

Deux danseurs costumés et masqués en squelettes, apportent une effigie qui représente l'attachement à l'ego, et entament autour d'elle une danse virevoltante.

3- Shawa "Danse du cerf"

Un danseur au masque de cerf accomplit une danse sacrificielle qui anéantit l'effigie, symbole de l'ego. On raconte que Padmasambhawa vit un jour l'esprit du dieu du vent, monté sur un cerf qui ravissait l'esprit des gens et les distrayait de l'objet de leur concentration. Gourou Padmasambhawa réduisit cet esprit à sa merci, monta le cerf et lui fit promettre de protéger les êtres en anéantissant les forces du mal qui sont la cristallisation de l'ignorance.

4- Tchinbep "La pluie de bénédiction"

Huit Dakinis (aspect féminin des êtres illuminés) richement habillés et masqués de cuivre, invoquent, par des danses et des moudras (gestes rituels), les bénédictions des Bouddhas.

5- Patcham "Danse des héros"

Une danse acrobatique et virevoltante, représentant les Dakas et Dakinis, inspirée d'une vision du Paradis de Gourou Padmasambhawa que le grand maître Péma Lingpa eut au XVème s.

6- Tsokiène 

Les danseurs libèrent les forces négatives au sein de l'espace, dans une danse qui prépare à la fête rituelle du ganachakra (cérémonie d'offrandes destinées à parfaire l'accumulation de mérites et de sagesse).

7- Ging "Danse des êtres célestes"

Les Dakas et les Dakinis entourent Gourou Padmasambhawa dans son paradis de Sangdopalri, la Glorieuse Montagne Couleur de Cuivre. Les Dakas masculins, vêtus d'une peau de tigre et les Dakinis féminines (littéralement "celles qui marchent dans le ciel"), vêtues de peaux de léopards, viennent recueillir leur part du festin spirituel.

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Le monastère de Shétchèn

Fondé en 1735 dans l'est du Tibet, le monastère de Shétchèn est l'un des six principaux monastères de l'ordre Nyingmapa. Cet ordre, qui signifie "ancien", est ainsi nommé car il est issu de la première diffusion du Bouddhisme au Tibet au cours du VIIIème s. Le monastère de Shétchèn, après avoir été célèbre dans tout le pays jusqu'au XXème s. pour la profondeur des enseignements qui y étaient dispensés et sa parfaite discipline monastique, fut entièrement détruit après l'invasion chinoise au Tibet, dans le cadre de la Révolution Culturelle. Dilgo Khyentsé Rinpotché, l'un des maîtres spirituels tibétains les plus éminents de notre époque, décida de reconstruire le monastère. Les travaux débutèrent en 1985. Parallèlement, sur le sol du Népal, il entreprit la construction d'un monastère affilié à Shétchèn. Commencé en 1980, ce monastère a été construit avec le concours de plus de cinquante artistes, comptant dans leurs rangs les meilleurs sculpteurs, peintres, orfèvres et costumiers du moment.

Matthieu Ricard

Matthieu Ricard est né en 1946. Après un doctorat en génétique cellulaire sous la direction du prix Nobel François Jacob, il s'installe en Inde et au Népal, pour se consacrer au bouddhisme tibétain et, après plusieurs années d'études auprès de grands maîtres, devient moine.

Interprète personnel du Dalaï-Lama en français, Matthieu Ricard a notamment publié Le Moine et le Philosophe( Nil), livre de dialogue avec son père Jean François Revel, L'Esprit du Tibet (Seuil), récit et photographies sur son maître Dilgo Khyentse Rinpotché, et, aux éditions Albin Michel, Moines Danseurs du Tibet, livre de photos et textes sur les danses sacrées du Tibet.

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