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(Photos: R. Scho/RTL)

Résumé de la conférence
Message d'introduction du président


Le Dalaï-Lama à Luxembourg le 10 juin 2005
« Une Ethique pour le nouveau Millénaire »

Le Centre culturel et sportif d’Coque à Luxembourg-Kirchberg affichait complet l’après-midi du 10 juin 2005 pour la conférence du Dalaï-Lama. 
6 200 personnes s’étaient rassemblées dans la grande ‘arène’ pour entendre l’exposé du chef temporel et spirituel du peuple tibétain.
Invité par l’asbl-ONG Les Amis du Tibet, Luxembourg qui fête cette année son 10ème anniversaire, le Dalaï-Lama était venu à Luxembourg pour une conférence avec pour thème ‘Une éthique pour le nouveau millénaire’.
Venu directement d’Inde, le pays où il vit en exil depuis sa fuite du Tibet en 1959, le Dalaï-Lama a commencé son périple européen par une étape de 24 heures au Luxembourg avant de se rendre ensuite en Suède, en Norvège et en Allemagne.
Après l’introduction d’Olivier Mores, président de Les Amis du Tibet, Luxembourg (cf. texte séparé), Sa Sainteté le Dalaï-Lama a, pendant deux bonnes heures, fait le tour du sujet annoncé et également répondu à une dizaine de questions du public.
Chaleureusement acclamé par un public assez jeune en moyenne, le Dalaï-Lama a d’abord précisé ne pas être sûr d’être au Luxembourg pour la première fois. En 1973, lui semblait-t-il, il aurait peut-être déjà fait halte au Grand-Duché, mais d’ajouter ne pas en être sûr, et qu’il s’agissait donc peut-être aussi d’un rêve…
Le Dalaï-Lama croit fortement en la paix et encourage sa propagation, d’abord aux niveaux de l’individu et de la famille, ensuite à ceux de la nation et de la planète toute entière.
L’attitude avec laquelle nous abordons le quotidien détermine notre bonheur, a-t-il souligné. « Quelqu’un qui n’est jamais satisfait avec ce qu’il a ne sera jamais comblé. Dans ces circonstances, il est difficile d’être heureux ».
Le Dalaï-lama a par ailleurs souligné le rôle clef de l’éducation. A elle seule, elle ne garantit pas le bonheur. On peut en effet être intelligent tout en étant destructeur. Et de citer l’exemple des terroristes qui sont certainement intelligents, mais destructeurs.
Pour le Dalaï-Lama, l’intelligence doit aller de pair avec la chaleur humaine. « Il faut mieux utiliser l’intelligence afin de réduire les souffrances, il est important dans l’éducation de développer les valeurs intérieures ».
Le bonheur d’un individu est par ailleurs inséparable du bonheur d’autrui. Chacun doit veiller au bien-être de l’autre. « La haine et la colère repoussent l’autre, mais aussi le bonheur de soi-même ».
Dans la partie questions-réponses, le Dalaï-Lama manifestement à l’aise a notamment dit que ce n’est pas un problème de ne pas être reçu par les autorités luxembourgeoises (« Je ne veux déranger personne – Mon intention est de ne pas créer de remous »), que la non-violence est et reste pour lui la meilleure méthode pour résoudre les problèmes, aussi face à la Chine dans le cas de l’occupation du Tibet.
Sa Sainteté a souligné trouver aussi des aspects positifs à la Chine (« une civilisation ancienne qui travaille très dur »). « Comme partout, il y a des bons et des mauvais ».
Avec l’âge, il lui arrive de moins en moins d’être en colère: « L’important est de ne pas accueillir la colère, mais d’en prendre ses distances ».
Quant à l’avenir, il importe à son avis de continuer à développer les valeurs humaines telles que la compassion, la tolérance, la non-violence et le respect d’autrui. Ce n’est qu’ainsi que le monde qui a certes mûri au cours des derniers siècles pourra devenir meilleur.
Dans un passage consacré au Tibet, le Dalaï-Lama a souligné l’importance de préserver la culture et l’écosystème tibétain ainsi que de garantir les droits humains du peuple tibétain en proie à une occupation de plus de 50 ans déjà. « La planète est un tout. Négliger le Tibet, c’est négliger l’état du monde considéré dans sa globalité ».

La traduction de la conférence du Dalaï-Lama fut assurée par
Matthieu Ricard (en français), 
Christoph Spitz (allemand) et
Lakhdo (anglais).

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CONFERENCE DE SA SAINTETE LE DALAÏ-LAMA
10 juin 2005  -  Luxembourg

Message d’introduction d’Olivier Mores
Président de l’asbl-ONG Les Amis du Tibet, Luxembourg
Association organisatrice

Votre Sainteté,

Plus de 6 000 personnes sont réunies ici aujourd’hui pour écouter votre exposé: c’est une première du genre au Luxembourg, c’est aussi une première dans cette salle, la plus grande du pays. Et c’est aussi un plébiscite citoyen, plus fort à nos yeux qu’une rencontre officielle, fut-elle privée, chose impossible semble-t-il dans ce pays.
Sachez que pour votre première visite au Luxembourg, et nous espérons bien que ce n’est pas la dernière, nous sommes entièrement comblés en tant qu’organisateur comme le sont ces milliers de spectateurs venus de tous les coins de ce pays, de la Grande Région qui nous entoure et même de bien plus loin. Un très très grand merci de notre part d’avoir accepté notre invitation.
Avant-hier, 8 juin, cela faisait exactement 10 ans, jour pour jour, que les statuts de l’association Les Amis du Tibet, Luxembourg étaient officiellement déposés. Votre présence est donc en quelque sorte aussi un cadeau d’anniversaire. C’est même le plus beau que nous pouvions imaginer. 
A propos anniversaire : dans un peu moins d’un mois, vous passerez le cap de vos 70 ans. Permettez-nous de profiter de votre présence pour vous adresser d’ores et déjà non seulement nos meilleurs souhaits de bonne santé, mais aussi nos sincères vœux de courage et de persévérance. Puisse votre inlassable message de paix et de tolérance nous accompagner encore très longtemps. 
Nous espérons aussi, avec vous, que l’avenir du Tibet, la cause qui nous préoccupe communément, trouvera une solution dans un proche avenir. Nous ne pouvons et ne voulons taire aujourd’hui que la terre natale que vous avez dû quitter il y a plus de 50 ans est une terre occupée. Au Tibet, les droits d’un peuple sont bafoués. Au Tibet, une culture millénaire est menacée. Au Tibet, un écosystème unique au monde est mis à sac.

Votre Sainteté,

Si le Tibet est un miroir de l’état de notre planète, ce miroir nous dit que le monde est quelque part en panne, en manque d’une éthique, et que cela n’ira mieux que si nous en développons une, aussi en politique. Car divers milieux politiques et économiques, aussi au Luxembourg, sont bien trop obnubilés par les retombées commerciales des bonnes relations entretenues avec un très grand pays sur cette planète, la Chine. 
Au gouvernement luxembourgeois qui, c’est le moins qu’on puisse dire, se tient à l’écart de votre visite, nous disons en toute franchise qu’il n’y a pas que les contrats commerciaux qui comptent. Même pour l’un des plus petits pays de cette planète, bizarrement aussi l’un des plus riches et, rappelons-le, également occupé il n’y a pas très longtemps, il doit y avoir d’autres idéaux que le volume des exportations, d’autres réalités que la pure ‘Realpolitik’.
Sur cette terre, il y va aussi des droits des peuples - dans ce cas des droits du peuple tibétain, de son droit, au moins, à une certaine autonomie.
Il y va aussi du droit individuel, pour chaque Tibétain, de pouvoir exprimer son opinion chez soi, au Tibet, de pouvoir pratiquer sa religion, de pouvoir apprendre sa langue à l’école, et j’en passe.
Sur cette terre, il y va aussi de la préservation des écosystèmes, et le Tibet en est l’un des plus importants avec la chaîne himalayenne qui le traverse, avec ses glaciers et les grands fleuves qui y prennent leur source pour se déverser ensuite dans le sous-continent indien. Si les glaciers tibétains fondent comme la neige au soleil et si les contrées tibétaines sont déboisées, la terre n’est plus retenue par les racines des arbres et les fleuves inondent des régions entières. 
D’une certaine manière, le Tibet c’est donc nous.
Et de manière certaine, le Tibet nous concerne tous.
Sur cette planète où tout se globalise, il va donc à l’avenir falloir développer une autre éthique, par exemple en ne sacrifiant pas les droits d’un peuple sur l’autel des intérêts économiques d’autres pays voire même d’un grand pays, aussi puissant soit-il. 
Une autre éthique, cela signifie aussi pour nous, Amis du Tibet, qu’il faut contribuer avec plus de détermination à une solution équitable de la question tibétaine. Une telle solution est possible si nos gouvernements s’y engagent de manière plus résolue et concrète, et si le grand pays précité peut être convaincu qu’il n’a rien à perdre, mais au contraire tout à gagner en accordant enfin au peuple tibétain ce qui lui est dû depuis longtemps. 
Si le Tibet, c’est nous, cela veut dire qu’il y a non seulement des choses externes à résoudre. Mais il semble aussi et surtout que le principal défi à relever se trouve en nous, que nous devons aussi développer une autre attitude, envers nous-mêmes et envers ceux qui nous entourent. Et là, Votre Sainteté, vous avez plein de choses à nous dire.
Nous sommes tous très impatients d’écouter ce que vous avez à nous dire à propos d’une ‘Ethique pour le nouveau Millénaire’. C’est donc très volontiers que je vous cède la parole.

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