5 QUESTIONS AUX PARTIS POLITIQUES

Dans la perspective des élections législatives du 13 juin 2004 et de la visite annoncée du Dalaï-Lama en juin 2005 à Luxembourg, nous avons posé les questions suivantes aux partis politiques représentés à la Chambre des Députés.

Les réponses des partis LSAP, Déi Gréng, ADR, DP et CSV qui nous sont parvenues dans les délais (4 mai) sont reproduites ci-après dans l’ordre de leur réception. Seul le parti Déi Lénk ne nous a pas répondu.


LES QUESTIONS

1. - Quel est le jugement général que vous portez sur le Tibet, sa situation actuelle, son avenir? Êtes-vous d’accord pour dire que le Tibet est un pays occupé depuis l’invasion chinoise en 1949?

2. - Approuvez-vous la ‘voie médiane’ prônée par le Dalaï-Lama et qui consiste à trouver une solution négociée avec la Chine en vue d’un statut d’autonomie du Tibet au sein de la fédération chinoise ? Comment appréciez-vous dans ce contexte le rôle joué par le Dalaï-Lama, son ouverture au dialogue avec la Chine, sa méthode de non violence?

3. - Le ‘dialogue critique’ pratiqué depuis des années par l’UE vis-à-vis des autorités chinoises n’a guère contribué à améliorer la situation au Tibet. La situation des droits de l’Homme y reste préoccupante, les libertés politiques, culturelles et religieuses bafouées. Êtes-vous d’avis que l’UE devrait s’impliquer davantage, adopter une attitude plus ferme à l’égard de la Chine? Ou que pourrait/devrait-elle faire, autrement ? Êtes-vous en faveur de la nomination au niveau de l’UE, à l’image d’autres coordinateurs spéciaux existants, d’un coordinateur spécial pour le Tibet?

4. - Le Dalaï-Lama a accepté l’invitation de Les Amis du Tibet, Luxembourg de visiter le Luxembourg en juin 2005. Êtes-vous d’avis qu’à cette occasion, le Dalaï-Lama doit être reçu par les plus hautes autorités politiques du pays?

5. - Si un membre de votre parti est nommé Premier Ministre ou Ministre des Affaires Etrangères à la suite des élections législatives du 13 juin 2004, sera-t-il disposé à rencontrer le Dalaï-Lama lors de sa visite à Luxembourg en 2005?


LES REPONSES

LSAP (Parti socialiste):

1.- Il est difficile, étant donné la fermeture du Tibet, de porter un jugement global et objectif sur l’état de ce pays. Le Tibet doit sans doute être considéré comme un pays occupé depuis 1949, avec tout ce que cela comporte en termes de répression de la langue, de la culture, de la religion, de l’auto- détermination politique et du développement économique.

2. - Il est sans doute sage, de la part du Dalaï-Lama, de chercher une solution négociée avec la Chine en vue d’un statut d’autonomie à l’intérieur du pays. Nous approuvons l’approche et la méthode non-violente du Dalaï-Lama.

3. - L’Union européenne peut, au-delà du dialogue critique, utiliser des moyens de pression politiques et économiques pour amener la Chine à respecter les droits de l’Homme et les libertés au Tibet. Un coordinateur spécial de l’Union européenne pour la Chine n’a d’utilité que s’il est porté par une volonté politique claire de l’Union européenne.

4. - Le LSAP ne voit pas pourquoi le Dalaï-Lama ne serait pas reçu par les autorités politiques du pays.

5. - Oui.

 

DEI GRENG (Les Verts):

1. - Pour DÉI GRÉNG, le Tibet est effectivement un pays occupé depuis plus de 50 ans. Or, cette situation de fait nous semble aujourd'hui difficilement réversible. La situation au Tibet reste très critique et la communauté internationale - et en premier lieu l'Union européenne - devra veiller à ne pas négliger la question tibétaine et à continuer à exercer une pression soutenue sur la Chine. La Chine devra arrêter l'occupation militaire, la torture des dissidents politiques, la persécution de la culture et de la religion tibétaines et sa politique de colonisation chinoise du Tibet.

2. - DÉI GRÉNG approuvent la "voie médiane" du Dalaï-Lama et la recherche d'une autonomie large au sein de la fédération chinoise. Par son action continue et son approche non-violente, le Dalaï-Lama a fortement consolidé l'image internationale du Tibet et gagné de nombreux soutiens et sympathies à travers le monde. De même, en évitant une stratégie d'affrontement, il a réussi à limiter le plus possible les persécutions violentes de la Chine contre son peuple. Remarquons que par le même biais, toute tentative des autorités chinoises pour assimiler publiquement les activistes tibétains à des terroristes devient infructueuse.

3. - La nomination d'un représentant spécial de l'UE pour le Tibet est à la fois un signe symbolique très fort et un acte politique nécessaire. A travers notre député européen Claude Turmes, nous avons d'ailleurs soutenu la nomination d'un représentant spécial en avril 2002, lors d'un vote au Parlement européen. A l'image du coordinateur spécial pour les affaires tibétaines du gouvernement américain, un représentant spécial européen mettrait en évidence l’attachement de l’UE à la résolution pacifique de ce conflit, augmenterait la visibilité internationale du problème tibétain et contribuerait certainement à la formulation et la mise en œuvre d'une politique européenne plus cohérente vis-à-vis de la Chine.

4. - Dans le cadre d'une politique européenne cohérente et ferme vis-à-vis de la Chine, il est symboliquement très important de recevoir le Dalaï-Lama en tant que représentant du gouvernement tibétain en exil et de l'imposer comme un des partenaires obligés d'une résolution multilatérale et pacifique du conflit sino-tibétain.

5. - Absolument.

 

ADR (Comité d’Action pour la démocratie et des pensions équitables:

1. - Etant donnée qu’en 1949 encore le Tibet était un Etat indépendant et qu’en 1950 il a été envahi et occupé par l’armée chinoise dans un acte de pure guerre d’agression, on peut bel et bien dire que le Tibet est un pays occupé. Quant à la situation actuelle il y a lieu de remarquer que la Chine fait tout pour cimenter le rattachement du Tibet à la République populaire. Non seulement le gouvernement chinois a implanté des centaines de milliers de chinois pour mettre la population tibétaine en minorité dans son propre pays, mais toute la politique chinoise vise à rendre l’annexion irréversible. Ainsi, la construction d’une grande route reliant le Tibet à la Chine, vise à favoriser davantage l’immigration chinoise et à faciliter le contrôle militaire de ce territoire. La Chine communiste pratique une politique du fait accompli et ceci avec tous les moyens traditionnellement utilisés par des envahisseurs. Rappelons également que la domination chinoise se caractérise par des violations répétées des droits de l’homme, des atteintes à la liberté religieuse, des répressions culturelles et ethniques et des restrictions des libertés politiques. Malheureusement, il n’y a à l’heure actuelle aucun signe d’amélioration de la situation du Tibet. Bien au contraire, la Chine fait la sourde oreille à toutes les critiques et ceci avec l’argument que la situation au Tibet constitue une affaire interne de la Chine, qui par définition n’a pas à intéresser l’Organisation des Nations Unies (ONU). Cette attitude déplorable rend tout dialogue impossible.

2. - Le Dalaï-Lama n’a actuellement pas le choix. En effet, revendiquer purement et simplement l’indépendance du Tibet est illusoire aussi longtemps qu’en Chine le parti communiste est au pouvoir. Par conséquent la politique de trouver une solution négociée en vue d’un statut d’autonomie du Tibet au sein de la fédération chinoise est logique. Cette solution ne peut qu’être approuvée par l’ADR. Pourtant, il reste à craindre que la Chine ne veuille rien savoir d’une pareille solution puisqu’elle risque, du point de vue chinois, d’être le premier pas vers l’indépendance du Tibet ou au moins de nourrir les revendications d’indépendance dans une deuxième étape.

D’une manière générale on ne peut que féliciter le Dalaï-Lama pour sa politique d’ouverture et de dialogue avec l’occupant. Le Dalaï-Lama est une personnalité reconnue dans le monde entier pour son discours et ses positions pacifiques – aussi et notamment envers la Chine. Dans un monde démocratique avec une ONU très engagée il n’y a pas d’alternative à la méthode de non-violence.

3. - C’est un fait que la politique dite du « dialogue critique » n’a jusqu’à présent pas donné de résultats. Il y cependant lieu de persévérer et de rechercher le dialogue avec les autorités chinoises. Pourtant, face au refus de la Chine de dialoguer, l’Union Européenne (UE) est obligée de chercher de nouvelles voies, sinon le blocage actuel revient nécessairement à la reconnaissance de fait de la situation actuelle du Tibet. Adopter une position plus ferme est certainement une voie à considérer dans les années à venir.

Si un jour l’UE se résout à agir de manière plus ferme et de façon concertée, alors on pourrait par exemple s’imaginer d’augmenter la pression sur la Chine en signalant aux autorités chinoises la possibilité pour l’UE de reconnaître le Taiwan comme Etat indépendant et d’ouvrir des relations diplomatiques avec cet Etat nouvellement reconnu. Ce moyen de pression puissant est toutefois à considérer qu’après mûre réflexion. L’avantage de ce moyen serait de prendre en quelque sorte la même attitude que la Chine et de lui faire voir en quelque sorte son propre comportement comme dans un miroir.

4. - Il est crucial pour un petit pays comme le Luxembourg qu’il ne se laisse pas intimider par un grand pays, par la force ou la puissance économique. Par son histoire et sa propre douloureuse expérience d’occupation par un régime totalitaire, le Luxembourg est prédestiné à rappeler le droit à l’indépendance de chaque peuple.

Imaginons un instant que pendant la deuxième guerre mondiale les gouvernements anglais ou américains auraient refusé de recevoir notre Grand-Duchesse avec l’argument que le Luxembourg appartiendrait désormais à l’Allemagne ? Une vision d’horreur certes, mais c’est ce qui se produit actuellement tous les jours avec le représentant du Tibet, le Dalaï-Lama. Le Luxembourg doit poser un signe très clair : il  n’est pas question pour nous de renoncer à recevoir le Dalaï-Lama.

5. - Dans son passé récent le Luxembourg a raté à plusieurs reprises l’occasion de se profiler en tant qu’avocat de la cause des petits Etats du système international. Citons à titre d’exemple les politiques peu glorieuses du Luxembourg à l’avènement de leur indépendance des pays baltes ainsi que des pays formant l’ancienne Yougoslavie. Le Luxembourg à une obligation soi-disant morale de faire entendre sa voix dans le concert des grands. Ainsi, si un membre de l’ADR est nommé Premier Ministre ou Ministre des Affaires Etrangères à la suite des élections législatives du 13 juin, il est évident que celui-ci sera disposé à recevoir le Dalaï-Lama lors de sa visite à Luxembourg en 2005 – ceci d’autant plus que l’ADR est un ardent défenseur de principes souverainistes en politique étrangère.

 

DP (Parti démocratique):

1. - Pour le DP, il convient d’œuvrer afin d’assurer au Tibet la mise en place d’une autonomie culturelle et religieuse au sein d’un Etat chinois respectueux des droits de l’Homme dans leur ensemble.

2. - Le DP et très favorable à la méthode choisie par le Dalaï-Lama étant donné que le dialogue est le seul moyen pour trouver ensemble avec les autorités chinoises une solution durable et acceptée par tous les concernés.

3. - Le DP estime qu’il convient de continuer le « dialogue critique » pratiqué par l’Union européenne en vue d’améliorer davantage la situation au Tibet et de participer sur le terrain à la recherche de solutions garantissant le respect des droits de l’Homme à la fois au Tibet et ailleurs en Chine.

4. - Le DP salue le fait que le Dalaï-Lama entend visiter le Luxembourg. Pour le DP il semble être plus qu’approprié que le chef spirituel des Tibétains qui est également le représentant le plus éminent du bouddhisme, et ainsi d’un des grands courants de pensée, soit reçu par le autorités politiques du Luxembourg.

5. - En se référant à la réponse de la question précédente le membre du DP revêtant une des fonctions précitées recevra le Dalaï-Lama.

 

CSV (Parti social-chrétien):

1. - Le PCS est conscient de la situation du Tibet. Le PCS estime que l’évolution du Tibet a été positive à maints égards au cours des dernières décennies. Le Tibet a connu une évolution correspondant à un processus de développement économique, social, scolaire et linguistique. En bref, le Tibet est entré dans le monde moderne comme province à statut spécial de la Chine. Que cette évolution n’a pas été que positive, l’on s’en accorde facilement : une politique de « sinisation » forcée du Tibet a été menée par la République populaire de Chine depuis ses premières années d’existence. Il faut également condamner les sévices qui ont été perpétrés si souvent contre les monastères bouddhistes, ainsi que la politique d’assimilation forcée de la population tibétaine qui a été longuement menée, assez fréquemment moyennant intervention de l’armée chinoise. De nos jours pourtant, l’ère des sévices semble révolue.

Le Tibet n’a cependant jamais été un Etat internationalement reconnu après le Moyen Age. Dès lors, il était depuis des siècles une région de l’empire chinois quand il fut intégré dans la République et ensuite la République populaire de Chine. Déjà au temps de la République de Chine, la souveraineté de celle-ci sur le Tibet était internationalement acceptée. Le Tibet n’est pas un pays occupé, mais fait partie de la Chine.

2. - Le Tibet dispose d’une certaine autonomie au sein de la Chine. L’évolution de son statut dépendra à cet égard de l’évolution constitutionnelle de la Chine. La méthode de non violence du Dalaï-Lama – qui est la seule pouvant paraître acceptable à un dirigeant spirituel bouddhiste – contribue certainement au maintien de la sérénité nécessaire au développement futur du Tibet. Or, le Tibet ne peut guère prétendre à des négociations d’égal à égal avec la Chine quant à son statut : le Tibet fait partie de la Chine, et le gouvernement régional du Tibet n’est pas le « gouvernement en exil » du Dalaï-Lama qui réside à Dharamsala.

3. - Nous ne voyons aucune raison de nommer un « coordinateur » spécial pour le Tibet, étant donné que le Tibet est une affaire intérieure de la Chine dans laquelle l’UE n’a pas à s’immiscer. Bien entendu, le respect des droits de l’Homme et des libertés fondamentales constitue une dimension importante de la politique extérieure de l’Union européenne et fait partie du dialogue constant et approfondi avec la Chine. La situation des droits de l’Homme au Tibet est dès lors abordée régulièrement dans le contexte des pourparlers avec la Chine, que ce soit entre l’UE et la Chine ou au niveau bilatéral entre des Etats membres individuels et la Chine. Nous considérons que cette politique est la bonne et mérite d’être continuée.

4.+5. - Notre parti poursuivra, au-delà du 13 juin de cette année, sa politique actuelle vis-à-vis de la Chine et du Tibet. Le Dalaï-Lama est un dirigeant spirituel et ne peut pas être considéré comme un dirigeant politique du Tibet actuel. Dès lors, aucun membre de notre parti qui serait Premier Ministre ou Ministre des Affaires étrangères en 2005 ne pourra recevoir  officiellement le Dalaï-Lama en tant que dirigeant politique. La visite du Dalaï-Lama est d’ailleurs une visite d’ordre privé. Ceci dit, il sera certainement reçu par des personnalités importantes.

Mai 2004

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