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Réponse à l'Ambassadeur de Chine Monsieur l’Ambassadeur, En réponse à une pétition en faveur de la libération du jeune Panchen-Lama lancée par Les Amis du Tibet, Luxembourg, vous avez fait publier une prise de position on ne peut plus mensongère dans le ‘Letzebuerger Journal’ (édition du 2 mai 2001), d'où la mise au point suivante. L’un des arguments mis en avant par la propagande chinoise pour justifier la mainmise sur le Tibet et le rituel des réincarnations de hauts dignitaires religieux tibétains, consiste à affirmer que le Tibet a toujours appartenu à la Chine, du moins à partir de la fin du 13e s., début de la dynastie des Yuans. Faux ! Les relations qui se développèrent et continuèrent d’exister jusqu’au 20e s. entre Mongols et Tibétains furent le reflet d’une étroite affinité raciale, culturelle et religieuse entre les deux peuples. Les Mongols n’intégrèrent jamais l’administration du Tibet et celle de la Chine, ni unirent le Tibet à la Chine. Du milieu du 17e s. au début du 20es, les Dalaï-Lamas successifs développèrent d’étroits liens religieux avec les empereurs mandchous qui conquirent la Chine et y établirent la dynastie Qing. Le Dalaï-Lama était le guide spirituel de l’empereur mandchou et en accepta en échange le parrainage et la protection. Cette relation “prêtre-patron” n’entama pas l’indépendance tibétaine. Le Tibet ne fut jamais annexé à l’empire mandchou, ni même à la Chine et continua de conduire ses relations avec les Etats voisins de façon autonome. Après la révolution chinoise de 1911 et le renversement de l’empire mandchou, l’armée chinoise se rendit aux troupes tibétaines et fut rapatriée sur la base d’un accord de paix sino-tibétain. Le Dalaï-Lama affirma à nouveau la complète indépendance du Tibet, sur le plan intérieur par une déclaration et sur le plan extérieur par des communications envoyées aux gouvernements étrangers ainsi que par un traité avec la Mongolie. Depuis 1911 et jusqu’en 1950, le Tibet réussit à éviter toute ingérence étrangère et se conduisit sous tous les aspects comme un Etat indépendant. En raison des tensions sino-tibétaines récurrentes, les Britanniques convoquèrent en 1913 une conférence à trois où les trois Etats se rencontrèrent au même niveau. Comme le délégué britannique le rappela à sa contrepartie chinoise, le Tibet participa à cette conférence en tant que “nation indépendante” qui ne reconnaissait aucune obéissance envers la Chine. En 1950, l’armée chinoise envahit le Tibet et y détruisit pratiquement tous les monastères. Depuis, le Tibet est un pays occupé, occupation qui a coûté la vie à plus de 1,5 millions de Tibétains. En raison de la répression persistante, des centaines de Tibétains, hommes, femmes et enfants, continuent chaque année à fuir leur pays en traversant l’Himalaya, et ce au péril de leur vie. Quant au Panchen-Lama qui, avec le Dalaï-Lama, est le maître spirituel le plus éminent du bouddhisme tibétain, il faut rappeler que lorsque l’un d’eux meurt, l’autre prend la relève et prend en charge la recherche de la réincarnation du maître décédé. Le régime communiste chinois a fort bien compris l’opportunité politique de mettre la main sur ce rituel. Alors que selon la tradition tibétaine, il appartient au seul Dalaï-Lama de reconnaître la réincarnation du Xe Panchen-Lama - décédé en 1989 à l’âge de 50 ans dans des conditions d’ailleurs bizarres car, comme par hasard, après qu’il eut prononcé un discours très critique à l’égard du comportement de la Chine au Tibet -, les autorités de Pékin en firent une affaire politique et se mirent à la recherche de ‘leur’ réincarnation. Le parti communiste chinois nomma une ‘Commission de recherche’ à la tête de laquelle elle plaça un lama tibétain sous contrôle. Résultat : deux camps opposés à la recherche chacun de ‘son’ Panchen-Lama. Le 14 mai 1995, dans son exil en Inde, le Dalaï-Lama reconnut l’enfant Gedhun Choekyi Nyima comme réincarnation du Panchen-Lama. Furieuses car prises de vitesse, les autorités chinoises firent disparaître les acteurs gênants, dont l’enfant reconnu par le Dalaï-Lama ainsi que ses parents. Un véritable kidnapping politique ! Depuis, cet enfant âgé aujourd’hui de 12 ans, est détenu en un lieu tenu secret. Malgré des demandes répétées, aucun diplomate étranger n’a reçu l’autorisation de le voir, fut-ce pour s’enquérir de sa santé. Vit-il encore ? Le 12 novembre 1995, les autorités chinoises annoncèrent qu’elles ne reconnaîtraient pas cet enfant comme XIe Panchen-Lama et que ce titre serait conféré à un enfant à choisir par ‘tirage au sort’ parmi trois enfants - crédibilité oblige - issus du même village où était né l’enfant reconnu par le Dalaï-Lama et - crédibilité supplémentaire requise - du même âge que Gedhun Choekyi Nyima. Faut-il préciser que le rituel du tirage au sort sorti du chapeau magique à Pékin remonte aux empereurs mandchous. Utilisé à quelque très rares reprises, la dernière fois en 1888, il ne fit toujours que suivre et donc confirmer le choix effectué auparavant par les autorités religieuses tibétaines. Monsieur l'Ambassadeur, Le sens de la manoeuvre chinoise est clair : il s’agit de briser les coutumes tibétaines et de déchirer le cordon religieux entre le Dalaï-Lama et le Panchen-Lama dans le but, le jour où le Dalaï-Lama actuel décède, d’utiliser le Panchen-Lama ‘chinois’ aux fins de désigner un Dalaï-Lama ‘chinois’. Le monde se trouvera alors en face de deux Panchen-Lamas et de deux Dalaï-Lamas. Quelle belle confusion, bien orchestrée, que vos autorités mettront alors à profit pour semer le doute dans l’opinion, notamment tibétaine, et asseoir leur autorité au Tibet. Cette manigance politicienne est honteuse ! En agissant ainsi, votre régime ne choque certes pas outre mesure les gouvernements occidentaux qui, obnubilés par des intérêts commerciaux et aveuglés par la puissance géopolitique de votre pays, le laissent largement faire. Mais il ne fait aucun doute qu’une part croissante de l’opinion publique internationale en développe une image de plus en plus négative de votre régime pour soutenir le courage persistant du Dalaï-Lama et du peuple tibétain opprimé depuis plus de 50 ans. Avec ce qui nous reste de détermination et d’espoir, le jour viendra où l’Histoire donnera raison au droit et aura raison de l’occupation chinoise comme elle l'a eu d’autres dictatures, de l'apartheid en Afrique du sud ou encore du Mur de Berlin. Ce jour là, ceux qui aujourd’hui font aisément pression sur d’autres dictateurs, mais vous laissent faire pour avoir semble-t-il décidé de passer les droits du peuple tibétain par pertes et profits, devront se regarder dans le miroir ! Libérez donc le Panchen-Lama ! Pour Les Amis du Tibet, Olivier MORES, président9 mai 2001
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