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Interview avec Madame Lydie ERR, Secrétaire d’Etat aux Affaires Etrangères et à la Coopération (Tibet-Info 01/1999) AdT: Le Tibet d’un point de vue privé tout d’abord puisque vous y avez séjourné brièvement l’été dernier en touriste. Quelles impressions en gardez-vous ? L.E. Cela faisait des années que je rêvais de me rendre au Tibet. J’ai eu la chance d’être à Lhassa au moment d’un grand festival culturel drainant des milliers de Tibétains souvent en route pendant des semaines de tous les coins du pays et dans des conditions difficiles pour célébrer leurs traditions culturelles en commun. J’ai été frappée par la richesse de la culture de ce peuple, mais aussi par la pauvreté extrême des gens. Ce fut à la fois impressionnant et émouvant. AdT: Pourquoi cette pauvreté alors que les autorités chinoises prétendent contribuer à améliorer le niveau de vie des Tibétains ? L.E. Il me semble que le tourisme au Tibet et les devises qu’il génère passent à côté des Tibétains. Le tourisme comporte bien évidemment des avantages pour les Tibétains. Les touristes occidentaux en visite au Tibet prennent conscience de la situation et cette prise de conscience fait à terme boule de neige. Mais je me demande dans quelle mesure les Tibétains profitent des retombées économiques du tourisme dans leur pays. AdT. Quelle évaluation faites-vous de la situation actuelle au Tibet en matière de droits de l’Homme ? L.E. L’impression générale est celle d’une stagnation. Certes, les autorités chinoises ont fait des efforts et ils continuent à en faire, mais les progrès sont lents. Sous la présidence luxembourgeoise de l’Union Européenne (second semestre 1998), nous avons sans nul doute réussi à décrisper certains dossiers, dont notamment celui des normes à mettre en oeuvre à l’égard des prisonniers par les forces de l’ordre, le personnel des prisons, etc. Mais si tout s’est relativement bien passé au niveau des préparatifs, les choses avancent très lentement au niveau de la mise en pratique. Il s’agit donc de poursuivre sur cette voie, et ce avec patience. AdT. Le “ dialogue critique ” pratiqué par l’Union Européenne avec la République Populaire de Chine a subi de sérieux revers au cours des mois écoulés avec la condamnation à de hautes peines d’emprisonnement de dissidents chinois respectivement de moines/nonnes tibétains. Comment expliquez-vous ce recul ? L.E. Il est difficile d’évaluer les faits que vous invoquez. D’un côté, il est un fait que les autorités chinoises ont fait des progrès. Les discussions se passent aujourd’hui d'une façon que personne n’aurait imaginée il y a quelques années encore. Exemple : une troïka européenne composée d’ambassadeurs en place à Pékin (dont l’ambassadeur luxembourgeois de l’époque) ont pu visiter le Tibet. Leur rapport constitue une contribution à la décrispation mutuelle. Autre exemple : Madame Mary Robinson, Haut-Commissaire des Nations Unies aux Droits de l’Homme, a récemment séjourné en Chine et au Tibet, et ce de manière ouverte tant au niveau des visites que des déclarations faites sur place Il est vrai que la brièveté de son séjour laisse songeur. D’un autre côté, il est vrai que les progrès sont lents, qu’il y a des revers. Je pense aussi au jeune Panchen Lama qu’aucune délégation occidentale n’a pu rencontrer jusqu’à ce jour. Et pourtant, l’Union européenne insiste sur ce sujet chaque fois que cela est possible. Cependant, en fin de compte, il n’y pas d’alternative à un dialogue constructif avec les Chinois. Vous savez, la culture politique asiatique est tout à fait différente de la nôtre, je dirais même la culture tout court. Les peuples asiatiques sont des peuples très fiers. Ce qu’ils détestent le plus, c’est de perdre la face. Comme ils sont très sensibles et se recroquevillent dès qu’on les critique trop, il importe pour nous Occidentaux d’avoir la bonne mesure, d’oeuvrer avec patience et de dialoguer avec eux, encore et encore. Il faudra continuer à faire pression à chaque occasion. Et puis, peut-être qu’une nouvelle génération tant de population civile que politique contribuera-t-elle à davantage d’ouverture, aussi concernant le Tibet. En l’état actuel des choses, il est malheureusement à craindre que les autorités cherchent à gagner du temps, essentiellement vis-à-vis du Dalaï-Lama qui prend de l’âge et dont l’approche non-violente a l’estime de tout le monde. Bien que cette approche semble contestée au niveau de la jeunesse tibétaine exilée, le Dalaï-Lama est une personnalité d'envergure exceptionnelle qui reste LE chef spirituel et temporel des Tibétains. Interview: O. MORES
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