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L’administration centrale tibétaine, un gouvernement démocratique La question qui nous est souvent posée est celle du caractère démocratique du gouvernement tibétain en exil. A la limite, ne s'agirait-il pas d'une dictature théocratique dominée par le Dalaï-Lama, qui attendrait son heure pour restaurer un régime "féodal" au Tibet, comme le prétend le gouvernement chinois ? Même parmi les supporters de la cause tibétaine, les institutions complexes et très élaborées que se sont données les Tibétains en exil sont souvent mal connues, l'intérêt étant souvent focalisé sur les questions culturelles, religieuses et humanitaires. Une communauté en exil soudée Après la fuite du Dalaï-Lama en 1959, celui-ci a été suivi par quelques 80 000 Tibétains s'installant en Inde, au Népal et au Bhoutan. L'afflux des réfugiés continue jusqu'à ce jour. A présent, le nombre total des réfugiés, y compris ceux nés en exil, est de 130 000. D'importantes communautés sont également implantées en Europe et en Amérique du Nord. Dès l'année de sa fuite, le Dalaï-Lama a créé un gouvernement en exil, Administration centrale du Tibet (Central Tibetan Administration : CTA), dont le siège fut dès 1960 établi à Dharamsala, en Inde du Nord. Aujourd'hui, cette administration compte pas moins de 350 fonctionnaires. Un gouvernement démocratique moderne Même si le poids symbolique et charismatique du Dalaï-Lama demeure entier, le gouvernement en exil a aujourd'hui les caractéristiques d'un gouvernement démocratique moderne : une constitution se référant aux droits de l'homme, une division des pouvoirs entre le législatif, l'exécutif et le judiciaire, des élections à deux niveaux, le peuple élisant l'Assemblée et celle-ci choisissant les ministres. A ce titre, la CTA est reconnue par les Tibétains, de l'intérieur comme de l'exil, comme leur seul gouvernement légitime. Elle est également de plus en plus reconnue comme la vraie représentation du peuple tibétain par de nombreux parlements du monde. La CTA s'est donnée la double tâche d'insérer les réfugiés tibétains dans leur nouvel environnement en attendant de pouvoir rétablir la liberté au Tibet même. Une constitution : la Charte des Tibétains en exil La Charte des Tibétains en exil est la loi suprême qui gouverne les fonctions de la CTA. L'Assemblée des députés du peuple tibétain a adopté cette Charte en 1991. La Charte fait profession d'adhérer à la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme et de garantir à tous les Tibétains l'égalité devant la justice et la jouissance de tous les droits et libertés sans discrimination de sexe, religion, race, langue ou origine sociale. La Commission suprême de justice La Commission suprême de justice est le plus haut organe judiciaire de la CTA. Selon la Charte, elle est responsable du jugement de toutes les disputes civiles dans les communautés tibétaines. La Commission, toutefois, ne traite aucun cas qui serait en contradiction avec la loi des pays d'accueil. De même, elle ne traite aucun cas criminel, car ceux-ci sont réservés aux gouvernements d'accueil. Les cas les plus importants entendus par la Commission suprême de justice sont ceux opposant l'administration et le peuple. C'est donc un organe où les gens peuvent déposer plainte contre l'administration. L'Assemblée des députés du peuple tibétain L'Assemblée des députés du peuple tibétain est l'organe législatif supérieur de la communauté. Il a été institué en 1960. La création de ce corps, démocratiquement élu, était une des modifications majeures que le Dalaï-Lama avait apportées dans ses efforts d'introduire un système administratif démocratique. L'Assemblée comporte 46 membres. Les réfugiés de l'U-Tsang, du Kham et de l'Amdo, les trois provinces traditionnelles du Tibet, élisent chacune dix membres, tandis que les quatre écoles du bouddhisme tibétain ainsi que les Bön, la foi traditionnelle, élisent chacune deux membres. Trois des députés sont élus par les Tibétains vivant en Occident. De plus, trois membres éminents dans les domaines de l'art, de la science, de la littérature et du service à la communauté sont directement nommés par le Dalaï-Lama. Le Kashag Le Kashag (le cabinet) est l'organe exécutif supérieur de la CTA. Il exerce ses pouvoirs en étant subordonné au Dalaï-Lama. Depuis 1990, les membres du Kashag sont élus par l'Assemblée des députés du peuple tibétain pour une durée de cinq ans, et sont donc responsables devant lui. Le Kashag est composé d'un président et de sept ministres : de l'Information et des Relations Internationales, de l'Education, de l'Intérieur, de la Sécurité, des Finances, des Affaires religieuses et culturelles et de la Santé. Les départements sous l'autorité du Kashag Sept départements dépendent donc du Kashag, chacun ayant un ministre à sa tête. Le Département des Affaires religieuses et culturelles vise à préserver et à promouvoir l'héritage spirituel et culturel du Tibet qui est à deux doigts de l'extinction dans sa propre patrie. Durant les quatre dernières décennies, la communauté tibétaine en exil a construit 181 monastères et huit couvents comptant plus de 17 000 moines et 600 nonnes. A part les monastères et les couvents, il y a également des centres culturels qui permettent l'étude des traditions aussi bien spirituelles que séculaires du Tibet. Le plus connu de ces centres culturels en Inde est l'Institut Tibétain des Arts Scéniques à Dharamsala (Tibetan Institute of Performing Arts : TIPA). Le Département de l'intérieur est responsable de tous les projets de réinsertion des exilés tibétains. Il contrôle 21 colonies agricoles, 11 unités groupées, huit agro-industries et quatre coopératives de tissage de tapis en Inde. Il s'occupe aussi de plus de 20 communautés et centres de travail manuel au Népal et au Bhoutan. Le Département des finances dirige 25 entreprises commerciales en Inde, au Népal et aux Etats-Unis afin de générer des fonds permettant à la CTA de fonctionner. Une source importante de ses revenus est constituée par une contribution volontaire de 24 roupies, plus 2% du revenu, de tous les Tibétains en exil. Le Département de l'Education, créé en 1959, supervise les activités éducatives en exil. Il existe aujourd'hui 85 écoles en Inde, au Népal et au Bhoutan, pour environ 27 000 élèves. Ces institutions forment 70% des enfants en exil. Le Village des enfants tibétains (Tibetan Children's Village : TCV) administre 15 écoles avec plus de 10 000 élèves, la Fondation des homes tibétains gère deux écoles avec 1500 élèves. Le Département de la Sécurité assure la sécurité personnelle du Dalaï-Lama, accueille et aide les réfugiés tibétains. Le Département gère également une section de renseignements qui suit l'évolution du Tibet occupé et de la Chine. Le Département de l'information et des relations internationales (Department of Information and International Relations : DIIR) renseigne les Tibétains et l'opinion publique internationale sur les conditions régnant au Tibet. Il publie des journaux périodiques, des livres, des programmes audio et vidéo sur le Tibet. Il établit des liaisons avec les médias internationaux et les groupes de soutien au Tibet dans le monde entier. Enfin, il coordonne treize bureaux de représentation dans le monde : New Delhi, Genève, New York, Tokyo, Londres, Katmandou, Budapest, Moscou, Paris, Canberra, Pretoria, Taipei et Washington. Le Département de la santé gère 61 centres de soins médicaux et six hôpitaux dans presque toutes les communautés tibétaines en Inde et au Népal. Le Département prend en charge les frais des soins d'urgence et des traitements médicaux des Tibétains pauvres. L'Institut tibétain astro-médical à Dharamsala dispose de 37 cliniques auxiliaires dans de nombreuses régions en Inde et au Népal afin de pouvoir offrir la médecine tibétaine traditionnelle aux Tibétains et à la population locale. A la libération du Tibet Aujourd'hui, la CTA fonctionne comme un véritable gouvernement et dispose de tous les rouages d'un gouvernement démocratique. Par ailleurs, la CTA n'a pas été conçue pour prendre le pouvoir une fois le Tibet libéré. Le Dalaï-Lama a stipulé que le présent gouvernement en exil sera dissous au moment où le Tibet sera libre. Il y aurait alors un gouvernement de transition qui serait gouverné par un président intérimaire, élu ou appointé par le Dalaï-Lama lui-même. Ce président organisera des élections dans les deux ans et transmettra le pouvoir au nouveau gouvernement élu par le peuple. Raymond MEYERS Source : voir le dossier très complet sur http://www.tibet-info.net/politique/cta/index.html. |