Le programme de réhabilitation des  refugiés tibétains
victimes de la torture en Chine

Lors de ma mission à Dharamsala pour  y rencontrer les responsables politiques  tibétains en exil ,et en allant à un rendez vous , j ‘ ai  remarqué un panneau  sur un  des bâtiments gouvernementaux  « Torture Survivor Program ». Mon double engagement aux Amis du Tibet et à l’ ACAT m’ a amené à demander à  mes correspondants locaux, qui avaient déjà organisé toute une journée de réunions diverses,  d’ en rajouter une avec  un responsable de ce programme . La gentillesse et l’ amabilité  traditionnelle des Tibétains ont permis d ‘ improviser une visite. C ‘ est ainsi que j ‘ ai rencontré M  Kalsang Phuntsok,  Sous- Secrétaire  à la Santé, et coordinateur du programme  de réhabilitation des victimes de la torture.

Historique

A la fin des années 80, l ‘ intégration des  Tibétains  victimes de la torture, dans les centres  de réfugiés en Inde se faisait plus difficile car ceux-ci manifestaient un certain esprit de révolte face aux réfugiés plus anciens. En 1991, une étude est lancée pour analyser le problème et y remédier. Les prisonniers condamnés pour leur action politique subissaient jusqu ‘ à cette époque, plutôt  des sévices corporels. La répression devenant plus insidieuse,  la torture est devenue plus psychique, moins visible physiquement mais plus pénible à supporter, d ‘ où ces nombreux cas de désespoir.  En 1993, le programme de réhabilitation des victimes de la torture est lancé pour 40 réfugiés.

La réhabilitation

Les  victimes sont prises en charge pour une durée maximale de 3 ans  pour un support social et médical dans les centres de réfugiés où ils vivent.  Pour rappel, seuls les exilés, condamnés à des peines de prison et donc reconnus comme prisonniers politiques, reçoivent l’autorisation de rester en Inde par les autorités indiennes.

Les soins médicaux sont assurés conjointement par les médecins traditionnels tibétains et par les médecins allopathiques selon les souhaits de la victime et des soins requis par elle.  Ceux- ci assurent aussi un suivi psychologique « léger » . Les cas les plus graves, nécessitant une assistance plus lourde d ‘ un thérapeute sont traités  au Centre d ‘ Accueil des réfugiés à Dharamsala .  Tous les  frais médicaux sont pris en charge par le programme tant que la victime est suivie par lui.

La victime de torture touche mensuellement un petit pécule qui lui permet de vivre dans le centre de réfugiés où il est envoyé. Ceci doit lui permettre de s’ intégrer socialement dans sa nouvelle communauté de vie,   car à sa réhabilitation  ou après 3 ans, il devra  être en mesure de gagner sa vie par lui même. Au cours de cette période, il peut continuer ses études dans l ‘ école tibétaine pour adultes de Dharamsala  ou dans un centre de  formation professionnelle .

Un gros effort de formation a été fait dans les centres de réfugiés pour  faciliter l ‘ accueil et l’  intégration  des victimes de la torture, en particulier  pour l’  approche psychologique  par les médecins  locaux et le personnel social de ces villages.

Actuellement 254 réfugiés  sont pris en charge par le programme de réhabilitation des victimes de la torture avec une moyenne de  80 personnes par an. 

Si la grande majorité de celles- ci restent en Inde, il est à noter que certains n ‘ hésitent pas à retourner au Tibet :  3 réfugiés y sont repartis dans les années précédentes   après y avoir  subi  la torture.

Ma conclusion sera un poème , chanté dans les prisons du Tibet par les prisonniers politiques, et dont la traduction anglaise m ‘ a été donné par une victime de la torture que j ‘ ai rencontré dans un des centres que j ‘ ai visité .

 

 Meeting Day

On the meeting day, the fourteenth day of the month,

my parents came to the prison and said this to me :

 do not worry about us, do not worry about home

do not worry about your brothers and sisters,

keep your spirit high and strong

Back to the prison  door,  when I look back,

there was  no father, there was no mother.

I cannot see even the  mountains .

 

Jour de visite

Le  jour de visite, le quatorzième jour du mois,

mes parents vinrent à la prison et me dirent ceci :

Ne t ‘ inquiète pas de nous, ne t ‘ inquiète pas de la maison

ne t ‘ inquiète pas de tes frères et sœurs,

garde ton esprit fort et élevé.

De retour à la porte de la prison, en regardant en arrière

il  n y avait ni père ni mère,

je ne pouvais même pas voir les montagnes