Les Amis du Tibet 
Luxembourg  

Dossiers

Home

Dossiers

Ecole de Bir

Coopération

Le Tibet, c'est ...

Archives

Livres

Liens

Blindenschule


 

L'environnement au Tibet : un désastre dû à l'occupation chinoise !

 

Le Tibet traditionnel

Les plus grands fleuves d'Asie prennent naissance dans les montagnes tibétaines : l'Indus, le Brahmapoutre, le Salouen, le Mékong, le Yang-tsê Kiang et le Houang Ho ou Fleuve Jaune. Sa faune, sa flore, ses forêts vierges et ses grands cours d'eau font du Tibet la source de vie d'une zone bien plus vaste que son propre territoire. C'est pourquoi l'environnement du Tibet revêt une importance capitale pour l'équilibre écologique des pays voisins et du monde. Il est donc urgent, pour tous ceux qui se préoccupent d'écologie, de s'attaquer à la crise de l'environnement tibétain.

Jusqu'à l'invasion de 1949, le Tibet abritait une flore et une faune extrêmement riches. Ainsi on comptait par exemple plus de cinq cents variétés d'oiseaux. Nombre d'espèces animales et végétales étaient d'ailleurs spécifiques au Tibet. Cette diversité s'est préservée au fil du temps, notamment grâce à la croyance bouddhiste en l'interdépendance entre humains, animaux, plantes et éléments naturels, une attitude qui empêchait l'exploitation aveugle de l'environnement. 

Destruction de la vie sauvage

Avant l'invasion chinoise, la chasse au Tibet était réglementée par décret du gouvernement. Aujourd'hui, une bonne partie de la faune sauvage a disparu : non seulement les restrictions n'ont pas été renforcées, mais la chasse aux espèces en voie de disparition a été encouragée. Par exemple, le léopard des neiges (panthera uncia), trop chassé et parfois même braconné à l'arme automatique, est en voie d'extinction. Une peau se vend entre 30 et 50 dollars dans la région de l'Amdo (en chinois : Qinghaï). 

Pour des prix s'échelonnant de 7.900 à 35.000 dollars, les chasseurs du monde entier peuvent venir au Tibet tirer dix-sept sortes d'animaux sauvages dont l'antilope et l'argali (ovis ammon), espèces pourtant protégées. Les autorités chinoises cherchent désormais à étendre ces abattages lucratifs. 

Les colons chinois ont aussi déboisé sans retenue pour construire des logements, des industries ou cultiver, au détriment de l'habitat des oiseaux et mammifères sylvestres. 

Déboisement

Les forces d'occupation chinoises sont en train de détruire de façon irréversible l'écologie fragile du haut plateau tibétain. Elles se livrent au déboisement industriel dans l'est du Tibet, où ils emploient 65.000 personnes à cette tâche. Dans certaines zones, 80% des forêts sont déjà détruites. D'après leurs propres estimations, la Chine a prélevé au Tibet, depuis 1959, pour 54 milliards de dollars de bois.

Comme les fleuves d'Asie et leurs affluents prennent leur source au Tibet, les conséquences du déboisement se font sentir en aval à travers le continent entier : érosion des sols, ravinement, envasement, inondations. 

En 1998, la crue anormale du Yang-tsê aurait tué 3.656 personnes en Chine, des estimations inofficielles parlant de 10.000 morts. Plus de 240 millions de personnes ont été touchées par cette inondation et les pertes estimées pour l'économie chinoise s'élèvent à 37,5 milliards de dollars. En 1999, une catastrophe similaire, mais de moindre envergure, a tué 400 personnes et a affecté 66 millions de personnes.

En 1998, le Brahmapoutre a connu des inondations jamais connues dans le sous-continent indien. La déforestation ayant augmenté de façon drastique l'érosion des sols, les alluvions se sont déposés dans la baie de Bengale, surtout dans les plaines du Bangladesh. Le lit des rivières ayant ainsi diminué, des inondations catastrophiques sont provoquées chaque année.

Energie hydraulique

En mai 1991, la Chine a démarré des travaux controversés, à savoir la construction d'une centrale hydroélectrique qui détruira l'écosystème du Yamdrok Tso, un lac considéré comme sacré, le troisième du Tibet par sa taille. Les Chinois veulent détourner les eaux du lac pour les faire tomber, 750 mètres plus bas, dans le Brahmapoutre (en tibétain : Tsangpo). Il s'agit de fournir l'électricité nécessaire aux colons chinois et aux industries polluantes et destructrices qu'ils veulent implanter. Cette centrale hydroélectrique peut vider le lac Yamdrok, un pas de plus vers la mort de l'écosystème et de la culture du Tibet. 

Exploitation minière

En chinois, Tibet se dit Xizang, ce qui signifie la “maison des trésors de l'ouest”. Les autorités chinoises ont entrepris l'exploitation systématique des ressources minières, qui leur a déjà rapporté 2 milliards de dollars entre 1952 et 1990.

La moitié des réserves mondiales d'uranium se trouve dans les montagnes autour de Lhassa. C'est au Tibet que gît 40% du minerai de fer “chinois”, ainsi que d'immenses filons de charbon, d'or, de cuivre, de plomb, de borax et de pétrole.

Le bassin Tzaidam, qui couvre une surface similaire à la Grande-Bretagne, a des réserves de pétrole de 42 milliards de tonnes et 1.500 milliards de mètres cubes de gaz naturel. L'exploitation de ce bassin va s'intensifier avec la construction d'une pipeline allant des gisements de gaz près de Terlingka (en chinois : Deligha) à Shanghai. Le premier tronçon sera terminé vers octobre 2001. 

Déchets toxiques

De nombreux rapports prouvent que le gouvernement chinois utilise ou prévoit d'utiliser le Tibet comme décharge de déchets toxiques et nucléaires. Les courants d'eau jadis limpides sont maintenant pollués par des déchets chimiques, nucléaires et industriels. Le rapport sur l'environnement de la dite "Région autonome du Tibet" de 1996 a révélé que 41,9 millions de tonnes de déchets liquides ont été déversé dans le fleuve Kyichu, près de Lhassa.

Le développement des mines d'uranium dans plusieurs endroits du Tibet ajoute un grave problème à la pollution chimique des cours d'eau.

En 1984, le gouvernement chinois a proposé un contrat à un consortium d'Allemagne fédérale, aux termes duquel, après avoir acheté de l'uranium extrait des mines tibétaines, les Allemands pourraient renvoyer les déchets radioactifs au Tibet. Pékin a offert d'y stocker jusqu'à cinq mille tonnes entre 1984 et l'an 2000. Les modalités actuelles du contrat ne sont pas connues.

Politique agricole imposée

Au cours des années 1960, le gouvernement chinois a imposé une réforme agraire qui a causé la famine au Tibet. Le surpâturage en altitude mène à la disparition de plantes médicinales ou alimentaires et détruit en grande partie la nourriture des animaux sauvages en hiver. Ce surpâturage aggrave également l'érosion par les vents et le ravinement, et conduit droit à la désertification. Les agriculteurs tibétains sont contraints par les autorités chinoises d'acheter et d'utiliser engrais et pesticides chimiques. Les paysans se plaignent de la pollution due à ces produits.

Transferts de population

La Chine a entrepris de submerger la population du Tibet sous un afflux massif de colons chinois. Autrefois, les six millions de Tibétains vivaient d'une façon pauvre, mais écologiquement équilibrée. Aujourd'hui, à Lhassa, la capitale, il y a environ cent mille Chinois pour cinquante mille Tibétains. La population totale du Tibet a plus que doublé suite à cette immigration massive. Le personnel militaire et de sécurité à lui seul est estimé à 500.000 à 600.000 unités. Aujourd'hui, 6 millions de Tibétains font face à 7,5 millions de Chinois. 

Sous la pression internationale, la Banque mondiale a dû récemment retirer son soutien financier au "projet de réduction de la pauvreté en Chine occidentale", plan qui prévoit de transférer 60.000 paysans chinois au Tibet (voir notre rubrique international).

Comme la Chine le reconnaît elle-même, sa politique de transferts de population a causé “d'irréparables dégâts écologiques à d'immenses étendues de plateau fragile” en Amdo. Les experts attribuent cette détérioration au surpâturage, au défrichement inconsidéré et à la dégradation de la végétation.

Militarisation

Le Tibet était jusqu'en 1949 un paisible état-tampon entre l'Inde et la Chine. Il abrite aujourd'hui des centaines de milliers de soldats et un quart des missiles nucléaires chinois.

La Chine procède à des essais nucléaires à Lop Nor, à 200 km environ d'une ville, dans la partie méridionale de la province de Xinjiang, située au nord de la "Région autonome du Tibet". Cette province fait partie du Tibet, dont elle a été détachée administrativement par la colonisation. 

L'explosion souterraine du 25 septembre 1992, équivalente à 20 kt de TNT, a provoqué une secousse de magnitude 5,2 sur l'échelle de Richter. L'essai précédent sur le même site, le 19 mai 1992, était le plus puissant jamais conduit par la Chine, d'une puissance de 300 à 1000 kt de TNT.

La militarisation du plateau tibétain affecte profondément l'équilibre géopolitique de la région et induit de sérieuses tensions internationales.

La présence militaire chinoise comprend entre 300.000 et 500.000 hommes, dont 200.000 (15 divisions) sont cantonnés en permanence dans la Région autonome du Tibet. On compte aussi dix-sept stations de radars secrètes, quatorze aérodromes militaires, huit bases de missiles, au moins huit missiles balistiques intercontinentaux (ICBM), soixante-dix missiles à moyenne portée et vingt de portée intermédiaire.

Un développement à la chinoise

Le développement n'a pas besoin d'entraîner la répression, d'accaparer des terres, d'exploiter en toute vitesse des ressources limitées, etc., bien que ce soit ce développement-là qui est pratiqué actuellement au Tibet. C'est le développement de la pire espèce – exploiteur, non consultatif, orienté à court terme, insoutenable dans la durée et en infraction directe avec le développement humain qui met l'accent sur la durabilité et l'équité. 

En fait, le développement préconisé par Pékin, outre les dommages qu'il crée dans l'environnement, génère aussi deux économies et deux sociétés au Tibet : celle des colons chinois riches et urbanisés et celle des Tibétains pauvres et ruraux. 

Il est plus que jamais urgent que la communauté internationale mette la pression sur le gouvernement chinois pour sauver ce qui reste de l'environnement unique du Tibet. Dans l'intérêt de tous, peuple chinois compris. 

Raymond MEYERS

 

Sources: 

  • Rapport "Tibet 2000: Environment and Development Issues" du gouvernement tibétain en exil.

  • ECO-Tibet France, juin 1999.